Il y a des êtres que j'envie pour qui vivre est une évidence. Les salops.

Présentation

Date(s) :
du 6 juil 2017 au 29 juil 2017
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
Dimanche
à 11h
Durée : 1h10

À 90 degrés est la lettre d’amour, la lettre d’adieu de Marthe, femme alcoolique, à Christophe, son compagnon et père de ses enfants. C’est le récit de son inexorable descente aux enfers, de ses luttes vaines contre l’addiction, de ses rémissions, des cures, des rechutes et de leurs espoirs déçus, à elle et à sa famille broyées dans l’irrésistible désir de s'abîmer dans l’alcool jusqu’à la mort.

Il y a du malheur brut dans ce spectacle, mais il y a aussi et surtout l’espoir, jamais tronqué, jamais menteur, de vivre pour espérer le mieux, la vie d’avant ou celle d’après lumineuse et libérée.

Informations sur le lieu

Théâtre des Halles - Avignon
Théâtre des Halles
rue du Roi René
84000 Avignon

La presse en parle

Elizabeth Mazev confirme sans peine qu'elle est une des meilleures comédiennes françaises. C'est à un vrai duo que l'on a devant soi pour défendre un texte dont la justesse est évidente. / Froggy's delight

Élizabeth Mazev est incroyablement juste dans ce seul en scène poignant, où le metteur en scène Frédérique Keddari-Devisme a su la guider avec intelligence. / Bulles de culture

Distribution

Mise en scène :
Comédien(s) :
Lumières :

Production Les Déchargeurs / Le Pôle diffusion en accord avec Nuage Citron

Multimédia

 
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Dossier de diffusion
Dossier de diffusion

Notes & extraits

NOTE D’INTENTION

Pourquoi écrire sur l’addiction ? Sur la dépression ? Sur cette incapacité à trouver sa place dans le monde ? Je me suis plongée dans ce sujet à cœur perdu, pour y retrouver quelqu’un. Un « être-chair » qui a sombré et m’a laissée. On connaît tous une personne empêchée. De près ou de loin, elle est là, dans son « séduisant » enfer et rien ne peut la faire bouger. Même pas nous.

Parler de l’addiction c’est parler de notre rapport au monde qui nous entoure, comment on s’en accommode ou non, on se construit, on y trouve sa place, ou non, ou peu, ou pas assez. Et cette dépendance pourrait être à l’alcool, à la drogue, au sexe, à l’amour, aux écrans... Rechercher le plaisir et/ou l’oubli et se faire happer par bien plus fort, bien plus grave : la maladie qui nous dépossède de nous-même. Le libre arbitre qui nous abandonne.

Dans ce texte, cette pathologie touche une femme. Le tabou est puissant et prégnant. La femme c’est la mère, la garante de l’amour, de la famille. Elle ne peut vaciller, ou si elle vacille, si elle perd pied, elle ne doit pas le montrer. Marthe, mon personnage raconte cela. Le moment où l’on ne peut plus faire semblant. Où tout est trop lourd. Elle raconte comment

son addiction, son alcoolisme, s’est installée progressivement, mais jamais pourquoi. Car souvent on ne sait pas. Marthe se met à nu, décrypte ce qu’il se passe en elle, ses espoirs et ses défaites. Elle s’adresse à son compagnon et, en miroir, on découvre ce que cet homme vit lui aussi. Je voulais parler de ces personnes : celles qui partagent la vie de ces êtres fragiles. Donner une place immense à ces vies bringuebalées par la misère de l’autre.

En tant qu’auteur ce que j’aime faire, c’est être au plus juste, donner chair aux émotions, creuser l’humain, ce qui le régit. Il y a dans ce texte de la légèreté face au drame : une comédienne, Elizabeth Mazev, talentueuse et pleine d’humour. Elle apporte au personnage une infinie sensibilité. Il y a du malheur brut, celui que l’on construit jour après jour, dans lequel on s’enferme et qui nous entraine vers la mort. Mais il y a avant tout l’espoir, jamais tronqué, jamais menteur, brut comme un diamant, qui fait avancer et vivre. Même en claudiquant, même meurtri. Vivre pour espérer le mieux: la vie d’avant ou celle d’après, lumineuse et libérée.

Frédérique Keddari-Devisme

EXTRAIT

J’ai tout bu, le malheur du monde je l’ai bu jusqu’au dernier meurtre. Les guerres, les misères, les ongles incarnés, les cancers, les adultères, les mensonges, les tueries, les carnages, les injustices, les vieux dans les hospices, les accidents, les viols d’enfants, les hommes qui pleurent, les licenciés, les déprimés, les condamnés. Moi, je bois tout ça. Il y a des êtres que j’envie pour qui vivre est une évidence. Les salops.

On tombe d’un amour. On tombe d’un chagrin. On s’égratigne plus que les genoux quand on tombe d’un amour et d’un chagrin. Je suis tombée et je me suis relevée encore une fois, l’œil bleu. C’était moche ce gonflement que j’avais sous l’œil : un steak avarié à l’image de ma vie que je m’appliquais consciencieusement, par rasades, à anesthésier.

Je voulais y arriver, je voulais m’appartenir et trouver ma place. Je ne voulais pas te faire tout ce mal, je ne voulais pas et puis oui, et puis oui je voulais que tu meures. Oui je voulais qu’on y aille tous les deux dans la mort comme Roméo et Juliette. Mais ce n’est pas Roméo et Juliette, c’est Marthe et Christophe, Marthe et Christophe mis en bouteille à la propriété.

Comment fait-on quand on n’y arrive pas ? Comment fait-on quand on ne trouve pas l’issue ? Comment ça arrive ? Comment ça s’insinue ? Où est ta main mon amour, où est ta main, serre-moi bien. Comment fait-on, ne me lâche pas. Comment fait-on j’y arrive pas.

Je tiens à toi. Je TIENS à toi.